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 FICHE DE LECTURE sur « Jeux et réalité » de D. W. Winnicott

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MessageSujet: FICHE DE LECTURE sur « Jeux et réalité » de D. W. Winnicott   Mar 15 Avr - 23:12



I. Travail sur le livre

1. Identification de l’auteur et du document

« Cette capacité peu commune…de muer en terrain de jeu le pire désert. »
[ Michel Leiris, citation tirée en introduction du livre]
« Se cacher est un plaisir, mais ne pas être trouvé est une catastrophe. »
[ D.W. Winnicott ]

D.W. Winnicott était un psychanalyste britannique né en 1896 et décédé en 1971. Issu d'une famille bourgeoise aisée, Donald Woods Winnicott a été une figure du mouvement analytique, se distinguant par sa créativité et son manque de dogmatisme. Pédiatre de formation, il allia l'observation des enfants à une réflexion analytique poussée et originale.
Impliqué dans les différents entre les deux courants psychanalytiques divergents de Melanie Klein d’une part et de Anna Freud d’autre part, il devient le chef de file du 'middle group' réunissant des analystes aux conceptions disparates. Mais il joue un rôle d'intermédiaire entre ces deux personnages importants de la psychanalyse à l’époque, tout en conservant l'amitié des deux femmes. Sa fameuse formule, selon laquelle l'enfant n'a besoin que d'une 'good enough mother' (mère suffisamment bonne) pour se développer correctement, bouscule les idées reçues et fait parler de lui. Sa pensée, riche et originale, accompagnée de son ton simple et clair ont fait de Winnicott un psychanalyste à part et avec des écrits accessibles à un large public (ce qui fait souvent défaut aux essais psychanalytiques, leur grande difficulté d’accès du fait du vocabulaire utilisé mais aussi des éléments complexes qui y sont traités).
Publié en 1971, soit à la fin de sa vie - son dernier -, ce document sous forme d’essai retrace des articles précédents de Winnicott, partant et reprenant notamment l’idée émise en 1951 sur l’objet et/ou espace transitionnel chez l’enfant. Cet article, très vite devenu un classique, a pu avoir une interprétation malheureuse au fil du temps et c’est pourquoi l’auteur a voulu repréciser certaines idées, afin de défaire aussi certaines controverses. Le livre « Jeu et réalité » est composé d’un préface de J.-B. Pontalis (traducteur et « descripteur » de Winnicott et sa pensée), d’un avant-propos de l’auteur puis de 11 paragraphes (parties) distincts. Winnicott développe ainsi ses théories et permet au lecteur de suivre, à l’aide d’exemples - schémas, tableaux, expériences… -, le résultat de ses recherches quant aux phénomènes transitionnels et leurs places dans le développement humain.
Un travail qui découlait donc des réflexions de Sigmund Freud qui décrivait en 1908 à propos du jeu et de la créativité que « chaque enfant qui joue se conduit comme un écrivain, dans la mesure où il crée un monde à son idée, ou plutôt arrange ce monde d'une façon qui lui plaît… Il joue sérieusement. Ce qui s'oppose au jeu n'est pas le sérieux, mais la réalité. », et où Maud Mannoni voyait là le point de départ de Winnicott qui ouvrait là une troisième voie à partir du texte de Freud et qui le mènera jusqu'à l'espace potentiel.


2. Résumé du contenu de l’ouvrage

Dans le 1er chapitre intitulé Objets transitionnels et phénomènes transitionnels, toute une première partie est réservée à ce que l’auteur appelle « l’hypothèse originelle », soit ce qui est cité en introduction : la reprise de sa théorie de départ sur l’objet transitionnel (cf article de 1951). Il y traite des idées théoriques émises à partir de l’observation des nourrissons et de leur utilisation d’espaces transitionnels afin de pouvoir combler la frustration ou l’angoisse. Mais comme nous le montre Winnicott, dans toute histoire de cas on peut découvrir quelque chose d’intéressant, ayant attrait aux phénomènes transitionnels, ou inversement à leur absence d’existence.
Dans ce passage, il se réfère à la théorie analytique sur les développements de la petite enfance (idées généralement admises) pour approfondir le sens de cet objet transitionnel et ce qu’il peut représenter pour le tout petit. Il compare ainsi le concept de l’objet transitionnel avec le concept de l’objet interne de Melanie Klein (avec cet énoncé complexe ainsi présenté qui est de savoir si cet objet transitionnel est interne ou externe au nourrisson) et souligne la richesse du champ d’observation qu’offrent les premières expériences du petit enfant, surtout dans leur relation à la première possession. Il finit par dire que cette étape de transmission, cette « aire intermédiaire d’expérience », non seulement constitue la plus grande partie du vécu de l’enfant mais aussi et surtout qu’elle substituera tout au long de la vie dans nombre de « modes d’expérimentations internes » (arts, religion, vie imaginaire et travail scientifique créatif).
Ensuite, il attaque par l’application de cette théorie avec un exemple d’observation (la ficelle, où les problèmes et leurs origines d’un enfant en difficulté comportementale observé en 1959) suivi de son commentaire où l’auteur analyse le pourquoi du comment. Enfin il termine le chapitre sur ce qu’il appellera le « matériel clinique », soit un exemple clinique qui nous montre combien il est important de garder à l’esprit les différences entre les phénomènes qui se situent entre la réalité extérieure ou partagée et le vrai rêve.
Cela fait écho à l’idée que dans le titre du livre, tout comme pour Freud d’ailleurs, il faut opposer le jeu à la réalité et dénoter les enjeux de l’inconscient, et notamment du rêve. Ce qui nous amène au 2ème chapitre intitulé Rêver, fantasmer, vivre qui traite d’une histoire de cas qui illustre la dissociation primaire entre le rêve et la fantasmatisation (traduction en français de fantasying). Ce paragraphe, qui n’est constitué que de cet exemple, porte plus sur la relation psychanalytique et décrit aussi à la fin l’importance de la position du psychanalyste, et des doutes qu’a Winnicott sur le fait que dans ce type de travail, « mieux ne vaut pas trop espérer ».
Les paragraphes suivants introduisent alors véritablement la notion de jeu et ce qu’elle représente pour lui. Les nuances de signification en anglais entre game, play et playing, difficilement traductibles en français, sont primordiales. Toujours en partant d’observations concrètes, Winnicott en décode une théorie du jeu où s’instaure pour l’enfant une relation dans une « aire intermédiaire » par le biais du jeu. Un espace de transition se crée alors et le jeu est ainsi envisagé au sens d’une relation de confiance capable de se développer entre la mère et l’enfant. L’auteur arrive alors sur l’aire de l’activité créative mais aussi la quête du soi.
« C’est en jouant, et peut-être seulement quand il joue, que l’enfant ou l’adulte est libre de se montrer créatif ». Winnicott renforce donc l’idée que la créativité est intimement liée au jeu, et qu’avec expériences à l’appui, ce jeu permet de comprendre les origines de cette créativité. Et également l’émergence d’une identité propre à l’enfant.
Vers la fin de l’ouvrage, D. W. Winnicott reviendra sur l’utilisation de l’objet. Il pointe que le mode de relation à l’objet peut être décrit en se référant à l’expérience du sujet, avec l’approche de notions d’inconscient, de valeur positive de la destruction de l’objet et de l’émergence chez le sujet d’un « autre-que-moi ». Dans les tout derniers chapitres, l’auteur touche encore aux relations entre les individus mais en allant plus loin dans la réflexion, décrivant le « mode miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant ». Ce qui signifie l’importance des interactions familiales et de l’interrelation, avec toujours cette même présence du jeu qui nous suit tout au long du livre (notamment le squiggle, jeu que reprend toujours Winnicott dans ses relations aux enfants - ou adolescents - qu’il reçoit et qui lui permet de prendre contact tout en analysant les dessins et paroles émis durant ces échanges). Des exemples suivis de thèses pour finir sur l’immaturité et l’adolescence, et il en tire que cette adolescence est « parlante et active » et que sa construction a nécessairement besoin des adultes.
En d’autres termes, Winnicott s’attache à son expérience et ses observations pour souligner un point de vue personnel sur l’importance de l’environnement durant l’évolution de ce stade primaire. Il finit dans son post-scriptum par affirmer que tout ce champ d’application ainsi ouvert fournit « un riche matériel d’étude ».


II. Réflexion personnelle

Je vais développer ma réflexion personnelle sur cet ouvrage, sur la pensée de l’auteur et ce qui en découle à partir de 3 points importants qui ont retenu mon attention en tant qu’étudiant en formation.

Le premier est naturellement l’approche psychanalytique de Winnicott, qui est certes particulière, mais qui a tout de même un rapprochement certain avec les travaux d’autres psychanalystes ou spécialistes du sujet tels que Freud (et toutes celles et ceux qui ont poursuivis ses travaux) ou Piaget par exemple. Des questions qui m’étaient inconnues ou dénuées d’intérêt me sont apparues quant au développement de la petite enfance. Et j’y ai appris l’importance primordiale que pouvait jouer certains facteurs qui, sans observations, analyses et réflexions, seraient restés invisibles. En effet, je pense que le danger d’être éducateur spécialisé présent au quotidien avec le public rencontré, « le nez dans le guidon », peut être de négliger ces détails qui pourtant n’en sont pas. Je m’explique : certes le travail d’accompagnement rend souvent difficile l’arrêt sur image, la réflexion et l’analyse de certaines situations pourtant indispensables afin de rendre toute action utile et efficace. Ces analyses et expériences telles que nous les présente Winnicott dans Jeu et réalité m’ont fait comprendre qu’elles sont intimement liées à mon futur engagement. Sans ces « billes », on aurait vite fait de confondre ce que l’on sait par légitimité (d’études, de statuts ou autres) et ce que l’on croit savoir (ou ce que j’appellerai vulgairement « psychologie de comptoir » où chacun pense être un grand théoricien et avoir réponse évidente et simple à tout). L’approche théorique est ainsi indissociable de l’accompagnement pratique, l’un ne va pas sans l’autre c’est peut-être une évidence pour certains et pourtant la réalité du terrain est bien trop fréquemment autre).
Le deuxième point concerne la prise en compte effective qu’attache D. W. Winnicott à l’environnement de l’individu (mère, père, famille…) et l’analyse qui s’ensuit : compréhension des personnes et de leur mode de fonctionnement ainsi que du développement de leur identité (l’idée d’émergence du « non-moi » notamment). Là aussi, de ma place d’étudiant en formation, j’émets la pensée que pour comprendre quelqu’un, pour tenter de répondre à une situation difficile ou tout simplement ne pas se tromper dans la marche à suivre et ne pas ainsi recueillir l’inverse ce que l’on voulait obtenir, il ne faut jamais négliger l’environnement de l’individu. Cette idée me rapproche du mouvement systémique, que je connais encore mal mais qui du coup m’apparait très attractif et utile. Prendre en compte un maximum d’éléments pour éviter de se tromper, de faire des erreurs qui pourraient être évitées ; c’est là aussi une représentation que j’ai du métier désormais (je l’avais certes déjà mais cette notion s’en trouve fortement renforcée). Cela permet aussi de rassurer les individus que l’on rencontre, de tenter d’expliquer le pourquoi du comment et donc parfois de déresponsabiliser la « faute » qui ne repose jamais sur les épaules que d’une personne.
Le troisième et dernier point sur lequel j’approfondirai ma réflexion est le concept de jeu. Surtout la place du jeu dans la relation psychanalytique qu’a Winnicott avec les personnes (enfants) qu’il rencontre, mais aussi du coup un élargissement de cette pensée avec la place du jeu (et ses enjeux) dans les relations socio-motrices entre les êtres humains. En effet cela peut surprendre que l’auteur attache tant d’importance au jeu chez l’enfant, à ses significations complexes et ce qu’il révèle du caractère chez ce dernier. Le jeu est représentatif du symbolique, de l’imaginaire et est un mode de communication que l’enfant comprend et bien souvent apprécie. C’est pourquoi je garderai en tête son squiggle qui introduit une prise de contact aisée et non contraignante. Je revendique aussi le fait que dans la vie de tous les jours comme sur les terrains de stage, l’approche et la connaissance des personnes par le jeu est un outil vraiment très intéressant. Ce n’est bien entendu pas n’importe quel jeu avec n’importe qui mais lorsque l’on arrive à adapter ses méthodes avec la particularité des situations (Winnicott utilise son squiggle en tant que psychanalyste), on peut obtenir des résultats encourageants et parfois surprenants. Le jeu chez l’enfant bien sûr, chez l’adolescent aussi mais également chez l’adulte. Des jeux pour se présenter, pour coopérer, pour se défouler, pour réfléchir mais aussi et surtout pour s’exprimer en tant qu’individu à part entière et non comme sujet social d’un ensemble bien défini et trop souvent rempli de préjugés. Le jeu pour l’apprentissage et l’analyse du jeu pour décrire ce qui s’y joue vraiment, et peut-être un outil accessible à presque tous pour peu de s’y intéresser un minimum.
Un ouvrage intéressant et enrichissant qui de mon point de vue d’étudiant, m’a permis de renforcer cette réflexion qui, comme le dirait Winnicott, est loin d’être terminée.


« On peut en savoir plus sur quelqu'un en une heure de jeu
qu'en une année de conversation. »
[Platon]

« Si tu veux les connaître vite, fais-les jouer.
Si tu veux leur apprendre à vivre, laisse les livres de côté.
Fais-les jouer.
Si tu veux qu’ils prennent goût au travail, ne les lie pas à l’établi.
Fais-les jouer.
Si tu veux faire ton métier, fais-les jouer, jouer, jouer. »
[Graines de crapules, F. Deligny]
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